J’avais envie de marcher en montagne cet automne mais ça n’a pas été possible. Dernière sortie, aux Monts Flume et Liberty, j’ai eu les genoux sensibles pendant plusieurs jours, m’empêchant de courir (et donc de me préparer pour mon 10 km au marathon de Montréal). Un mois avant le marathon j’avais donc mis de côté la montagne, préférant, temporairement, privilégier la course. J’avais grand besoin de nouvelles bottes aussi, les miennes me blessaient terriblement, je prenais 1 mois pour me guérir de mes ampoules après chaque montagne. J’ai fini par acheter mes nouvelles bottes en septembre, des Garmont, que j’ai testées en compagnie de Coquinette, sur un sentier de la Forêt Ouareau au tout début de l’automne.
L’école ayant recommencée pour Coquinette et moi. Je suis tombée dans le jus pas mal… Bien sûr, je regardais les montagnes sur Internet, mais je me demandais s’il était sage ou pas d’aller en braver une et reculais toujours devant le défi. Trop fatiguée, trop dans le jus. Et je ne me trompais pas, enfin je ne crois pas. Parce que le samedi quand je me réveillais à 8h, reposée, et que je jetais un coup d’oeil à ma liste interminable de tâches, je me rendais bien compte que de me lever à 5h et passer ma journée dans le bois n’aurait pas été bien bien sage.
Reste que je m’ennuyais ben gros des montagnes. Puis, j’ai déménagé. Mine de rien, le timing était encore sensiblement pourri pour me sauver.
Puis… pis là, fin novembre, j’ai eu l’occasion de partir avec un groupe, accompagnée de quelqu’un que je connais, pour monter Lafayette. Bon, bon, je l’avais déjà fait Lafayette et je l’avais bien aimé. D’habitude j’essaie de ne pas “refaire” mes montagnes… c’est qu’il y en a tant à grimper, si je m’attarde sur l’une et sur l’autre, je n’arriverai jamais à toutes les faire…
Cette fois-là par contre, parce que c’était différent, parce qu’il y ferait froid, qu’on devrait porter des crampons, que la dynamique s’annonçait complexe j’ai sauté dans l’aventure à pieds joints. J’ai appelé l’agence avec laquelle je fais affaire d’habitude pour les montagnes, et me suis inscrite. Dans ma tête, j’appelais pour réserver une montée de Lafayette, avec des crampons. Rien de tant si spécial me disais-je. C’est là que le monsieur m’a dit: “Vous savez, c’est une montée d’après-midi, vous partez plus tard de Montréal, vous commencez à monter vers 1h30, vous arrivez au sommet pour le coucher du soleil et vous redescendez avec vos lampes frontales”.
- Yay! Que ça m’a fait. Là… tu parles de quelque choses de spécial!
Lafayette c’était hier. Et spécial, ce fut. Je vais vous mettre quelques photos, mais probablement aucune ne réussira à traduire la fierté de la photographe. Ce sentiment de conquérant. Cette sensation, qui vous imbibe le coeur; cette certitude que vous êtes quelqu’un de privilégié. Vous verrez le paysage, version photo, mais pas la larme de joie de la fille qui réalise sa chance… d’avoir accès à ça… à quelques heures de distance de chez elle. Au delà de cela, il y a la chance inouïe de pouvoir s’y rendre, dans une forme ma foi plutôt impeccable, en compagnie de monde enthousiastes et amusants. Je sais bien que des milliers de gens l’ont fait avant moi, je n’ai pas le monopole de la bonne forme. Tenez, hier, à la fin de notre descente nous avons croisé un papa et son fils ado, ils montaient de nuit, pour camper dans la neige. C’était la troisième paire de campeurs que nous croisions de la journée. Ils ont tous eu le spectacle du lever du soleil sur le parc de la Franconia ce matin. Ces gens-là partaient voir un spectacle de privilégiés; ils étaient ce matin aux premières loges pour admirer la beauté du monde.
Je vous fait un retour rapide sur la rando, tout d’un coup vous auriez un jour envie de faire de même. C’était ma première rando de frette et de nuit, sincèrement, je ne vois pas trop pourquoi je m’en privais. Marcher dans le bois avec sa frontale, c’est ben ben le fun. Première rando en crampons aussi. Pour la monté je n’en ai pas eu besoin du tout. Je les avais dans mon sac mais ne les ai pas sortis. Les autres randonneurs non plus. Nous avons tous chaussé nos crampons à partir du refuge, le Greenleaf Hut. La montée jusqu’au refuge s’est fait dans la joie, à très bon rythme. Le soleil descendant était magnifique, à tous moments je m’extasiais à la vue des jeux de couleurs qui m’étaient révélés. Glissé 1-2 fois en montant (c’était glacé beaucoup, surtout vers la fin). On a eu tellement chaud… disons que ça a fait des sac à dos lourds (nos multiples pelures se retrouvant éventuellement dans le sac plutôt que sur nous). Je suis montée vêtue, pour le haut, de 2 chandails en fibre synthétique et la partie supérieure de mon manteau d’hiver (tsé là les manteaux qui se défont en 2; une doublure et un gros coupe-vent? Bon c’est ce que j’avais sur le dos), petite tuque, pas de mitaines, pas de cache cou. Le Greenleaf Hut se trouvait au bout de 631 mètres de dénivelé, le refuge est à découvert, tout de suite en y arrivant il a fallu s’habiller en vitesse car le froid était mordant et le soleil descendait très très vite. Le refuge était barré, il nous coupait du vent mais nous n’avions pas accès à l’intérieur. J’ai sorti toutes mes pelures supplémentaires, et me suis presque gelé les mains en essayant de poser mes crampons, d’un vieux modèle, fort compliqué à attacher comme du monde. Je suis partie pour le sommet vêtue d’une cagoule, de ma tuque à oreilles, de mitaines de ski (avec des sachets de hot hands à l’intérieur pour me donner une chance de me réchauffer. Je portais un polar, 2 chandails, ma doublure de manteau et sa coquille extérieure, je n’aurais pas pu me rendre au sommet avec moins, il a fait frette en titi pour le dernier 391 mètres de montée.)
Le départ du refuge a été magnifique, le Mont Lafayette était alors touché de plein fouet par le soleil couchant. La montagne blanche était rose, jaune, le ciel de toutes les couleurs: jaune, rose, orangé, bleu, mauve. C’était spectaculaire.
Se rendre jusqu’au sommet a été plutôt facile disons pour le 3/4 du chemin, le dernier quart a été très dur, assez pour que quelques uns d’entre nous se demandent un peu ce qu’ils faisaient là. Les vents étaient puissants et il faisait froid. Très. Je bénissais mes hot hands et chambranlais par moments sous le poids du vent. Monter sans crampons aurait été impossible. Je ne sais pas à quelle vitesse était le vent au sommet. Quelqu’un m’a dit 100km , mais je ne retrouve pas la donnée sur les sites de météo sur Internet. Au sommet de Washington hier les rafales allaient jusqu’à 70km/h, je me dis que c’est probablement le même genre de vent que nous avons croisé. J’ai pris plusieurs photos du coucher de soleil en montant, mais les dernières minutes avant d’arriver au sommet, disons que ma concentration allait vraiment à “atteindre le sommet”, pas à jouer au kid kodak. Oh, le paysage était sublime, mais je n’arrivais même pas à tenir l’appareil sans qu’il ne bouge… héhé. Ouais, pour de vrai. Oh, moi, je tenais en place, mais pas solidement. Mettons que j’étais sur mes gardes en titi. Que je m’encrais les crampons comme il faut et que l’idée d’aller pisser derrière une roche ne m’aurait jamais mais alors là jamais traversé l’esprit. C’est pas mal là que je me suis dit:”Ouais poupée, mettons que j’pense tu serais pas assez lourde pour te lancer dans l’alpinisme, c’est pas mal le top de vent que tu serais capable d’affronter sans t’envoler”.
Arrivée en haut on a pu se cacher du fameux de vent, boire, manger des jujubes d’électrolyte, resserrer nos crampons, enfiler nos frontales; il faisait maintenant nuit. Nous avions monté en petits groupes de 2-3, nous sommes redescendus en plus grands groupes, se tenant serrés et pressant le pas car le vent, la nuit, le froid… n’incitaient pas à les braver davantage. Rendus aux premiers petits sapins, au bout d’une vingtaine de minutes, j’ai pu faire mes adieux au vent, à ma quand même assez grand joie. Il ne nous restait alors que 2h30 pour descendre. Rien à dire sur la descente, c’était vraiment amusant. Les crampons étaient indispensables, nous sommes à peu près tous tombé une fois, sinon plusieurs. Mon eau avait gelé au sommet de la montagne, j’ai dû en quêter à d’autres et me rassasier de mes restants de soupe que j’avais trimballée dans un thermos.
Voilà. C’est une de mes plus belles expériences en montagne, sans contredit ma plus difficile, mais aussi la plus signifiante. 7 heure de rando, presque sans arrêt, manger en marchant pour ne pas prendre du retard, aucun arrêt pipi, pas faute d’avoir envie mais bon, c’était comme gênant, il n’y avait pas grand place pour se cacher… Cette idée de rando de fin d’après-midi pour arriver au moment du coucher du soleil était géniale. La rando la nuit, parfaite.

La petite montée tranquille mais constante et quand même exigeante.

Bon je l’aime ma roche.

Glace, glace, glace. On était à 10 minutes du refuge environ.

Lafayette dans le soleil couchant. 3 minutes plus tôt. la montagne était rose intense.

Pas encore la nuit mais ça s’en vient en titi, il faut presser le pas pour arriver vite en haut!

Ça gèle en prenant le sens du vent, héhé…

Un fichu de beau spectacle.

Un petit bout de descente. Oui, oui, ce que tu vois c’est un filet de neige déposé sur des petites plaques de glace. Toi aussi t’aurais été content d’avoir des crampons han?
Mon p’tit corps ce matin il dit quoi? J’avoue que j’ai de la misère à le croire mais non, je ne suis pas raquée. Ah… et j’étais de niveau pour la rando, je suis allée à la même vitesse que le groupe. En tête une bonne partie de la montée, ensuite j’ai essayé de ralentir pour garder mes énergies. À la descente je tenais le rythme comme une championne. On a conclu la rando plus rapidement que prévu et nous sommes arrivés à Montréal avec 30 minutes d’avance. J’suis full fière. Ce matin, j’ai l’ego gonflé gros de même. Je prends tout de même deux minutes pour remercier mon corps de me permettre de vivre des aventures semblables. Tant qu’à y être, je remercie aussi mon front de boeuf.
Enfin bref, Lafayette et moi on a une relation houleuse mais j’ai quand même réussi à le grimper. Pis solide à part de t’ça.