La tête dans les nuages
15 August 2010En juin j’essayais de planifier mon été, je t’ai bouqué ça mon ami, backpacking, arbre en arbre, Katahdin, voyage de pêche… et tout et tout. Évidemment, je n’ai rien fait de tout cela, ou presque. Je le sais, parce que je viens d’aller vérifier, pour le fun, voir si ce que j’ai fait hier s’y trouvais. Ben bonyenne, oui. Je vous avoue, je suis un peu surprise, mais vais raconter l’histoire du pré-vécu-post, parce que j’ai des nuages plein la tête et ça me chante d’en parler avant d’oublier.
Il y a 6 ans, à peu près jour pour jour, j’avais déterminé que mon été aurait deux objectifs: concevoir Coquinette, faire une ride de parapente. J’ai réussi à atteindre mon premier objectif, pas le deuxième; chaque fin de semaine j’appelais l’école de vol pour savoir si la température était bonne, chaque fois j’étais amèrement déçue: le temps ne permettait pas de voler. Une fois que j’ai vu mon test de grossesse positif, j’ai mis une croix sur le parapente, j’avais la chienne de m’envoler. J’ai remis à plus tard, le temps que le courage me reprenne…
Début de l’été, ma cousine de Québec, chez qui je m’organise pour aller faire quelques visites par année et avec qui je m’amuse beaucoup… me demande si je voudrais faire du parapente cet été. “Mais bien sûr que je lui réponds”, reste que moi, je la connais, elle… elle me connait. On est le genre hystériques dans des via ferrata, on a peur de l’avion, la peur du vide… des fronts de boeufs par exemple, et la tête dure…
Ce qui fait que… il y a quelques semaines je regarde la météo à Québec et la relance: “Cousiiine es-tu prise en fin de semaine? Il va faire beau…”
Elle ne pouvait pas. La semaine suivant, coup de chance, on annonce ENCORE beau, je lui réécris:”Cousiiiine, on annonce encore beau par chez vous samedi! Parapente ça te dit?” Elle avait de la visite et ne pouvait pas. Cette semaine je regardais la météo et on n’annonçait pas super beau pour Québec, mais je me gardais un petit espoir. Dans ma tête si ça ne se faisait pas là, ça ne se ferait pas avant longtemps. Coquinette revient de la suisse le 16 aout. Moi je recommence bientôt l’université, j’ai de moins en moins de temps à moi, la maternelle arrive à grands pas. Jouer les ‘tits oiseaux en septembre… disons que ça m’aurait surprise. Puis, contre toute attente, jeudi les prévisions ont changé… pas de pluie samedi en fin de compte. J’ai pris une chance et réécris:”Cousiiiine, parapente samedi?”
Ben saperlipopette. Elle a répondu oui.
Ce qui fait que vendredi, je me suis levée à 6h, suis partie prendre mon cours de conduite, ensuite j’ai fait ma journée de boulot, suis revenue chez nous, j’ai pris mon chien, que j’ai amené à la pension pour chiens du quartier, sac de voyage accroché au dos, sa mini-niche sous le bras. Me suis rendue au terminal d’autobus et j’ai pris un aller-retour Montréal-Québec.
Samedi matin, on était tellement nerveuses, on est parties 3 heures d’avance pour un trajet qui prend une quarantaine de minutes à faire. On s’est payé un gros déjeuner graisseux d’omelette au fromage single avec des saucisses full grasses. Un ami de ma cousine est venu nous rejoindre, catastrophé et s’est amusé à mettre notre détermination de collégiennes à rude épreuve, à grand coups de:
- Ben voyons les filles! Vous avez peur de prendre l’avion!
- Oui, c’tait pas ben bon comme déjeuner, vous auriez mérité mieux comme dernier repas…
- Appelez-moi quand vous aurez terminé, en tout cas… si vous appelez pas; j’vas comprendre…
On a payé, on est reparties. À un moment donné on a vu le Mont-Sainte-Anne apparaitre à l’horizon… “Mouain, c’est haut han” qu’on s’est dit…
Après tout est allé vite. On a signé nos papiers, on a mis nos choses dans le coffre d’auto, partant seulement avec l’essentiel. On est embarquées dans notre télécabine… puis on est arrivées en haut. Une petite marche et voilà, nous y étions; le site de d’envol. Une genre de falaise de 600 mètres de dénivelé. On a formé les duos pilote-piloté, moi je suis tombée sur le fondateur de l’école. J’étais bien contente. Puis une dame s’est envolée en tandem. Une retraitée je crois, ou pas loin. L’âge de ma mère, trépidant de bonheur à l’idée de s’envoler pour la première fois de sa vie. Ensuite ça a été au tour de ma cousine, qui a eu un étrange de premier envol, qui nous a fait un peur peur à tous mais finalement c’était ça; plus de peur que de mal. Ensuite ça a été mon tour…. et puis ziou… En le temps de le dire, je me trouvais à plusieurs pieds dans les airs. Une minute plus tard, j’étais tellement haut perchée, que les sapins sous mes pieds n’avaient plus l’air de mesurer que 2-3 cm.

La vue était époustouflante, les Basses Laurentides d’un bord, l’Île d’Orléans et le fleuve de l’autre. Au nord: Charlevoix… les sommets des montagnes étaient dans un genre de flou bleuâtre… le vent me sifflait dans les oreilles. Les cumulus se promenaient au dessus de nos têtes… moi, j’étais dans mon monde. Silencieuse une partie du vol, j’ai quand même jasé un peu avec mon pilote. Ah oui, je ne vous ai pas expliqué comment ça fonctionne un vol en tandem. Vous êtes clipé, attaché avec des mousquetons après une chaise pliante en tissus (solide). La chaise est attachée avec des harnais, vous êtes attaché à votre chaise. À l’envol on est debout, dès qu’on décolle on s’assoit. Le pilote est collé derrière nous et il dirige. Mon vol a duré 20 minutes. 20 minutes qui m’ont fait passer à travers une foule d’émotions; angoisse, émerveillement, l’impression d’être une poussière dans l’univers, la joie d’être là, puis l’angoisse à nouveau, et re-émerveillement… j’ai pris plusieurs photos, j’ai essayé de m’imprégner du moment présent, de cette d’immensité, de la beauté du paysage. Maudit que c’est beau. Maudit que c’est beau.

Après quelques minutes de vol, j’ai commencé à ressentir le vide, la peur du vide. C’est que, comme je l’écrivais un peu plus haut; j’ai le vertige! La peur des hauteurs! Oui-oui… Oh, j’essaie de combattre, de me challenger un brin, de repousser mes limites, mais des fois je me fais jouer des tours. Comme hier. Après quelques minutes à tanguer et à surfer dans les vents… j’ai eu un petit mal de coeur… puis; un plus gros. Mon pilote, s’en est rendu compte, le vol tirait de toute façon à sa fin, on est redescendus. Tout doucement. Il a essayé de faire ça le plus doucement possible, si bien que je ne me suis rendue compte de rien. L’atterrissage s’est si bien passé que j’ai eu l’impression d’atterrir sur de la ouate. Par contre il ne faudrait pas aller vous imaginer que l’atterrissage est aussi doux pour tous, il y en a pour qui ça a eu l’air de brasser un peu plus.
Arrivée les deux pieds sur terre, le mal de coeur était si présent que je me suis déclippée en vitesse, j’ai marché en ligne droite, verte comme un cèdre. Pâle comme jamais. J’ai attrapé au vol la bouteille d’eau que ma cousine, trop géniale et attentionnée me tendait et suis allée m’asseoir. Je suis restée là, assise, sans bouger, pendant plusieurs dizaines de minutes. J’ai calé ma bouteille d’eau en un temps record, tout a tangué dans mon corps, ma tête, mon coeur, pendant une bonne partie de la journée.
On a finalement trouvé le moyen de repartir chez ma cousine, où je me suis assise et où j’ai pu savourer le post-vol. Nous avons passé une soirée au ralenti, parlant beaucoup moins que d’habitude, savourant beaucoup plus cette sérénité ambiante. On dirait, comme dirait ma cousine, qu’il n’y a plus rien pour nous énerver. C’est la sérénité totale et absolue. Le moment présent comme je ne l’ai jamais vécu. Une impression de bien-être jusqu’au bout des doigts, des étoiles dans les yeux et la joie qui te tapisse le coeur. Sincèrement, rien dans ma vie, rien, sauf disons, la naissance de ma fille. Rien disais-je, n’a réussi à me rendre sereine et accomplie de même. Aucune substance illicite, aucun alcool, aucun garçon, aucune course, aucune montagne. Ça, et voir la binette de ma fille pour la première fois, rien d’autre. Du coup… je me dis que ce n’était finalement peut-être pas… une simple expérience à cocher sur une to do list…
Je vous laisse avec mes gribouillis d’autobus. Et sur mon compte Flickr il y a quelques photos de mon vol.
Ah oui, et devinez qui s’est couchée à 21h pile hier soir?

