À l’époque où j’étais étudiante au BAC en beaux-arts, j’ai eu à choisir un cours d’option, comme bien des gens ont à le faire. Je ne savais pas du tout quoi choisir mais comme j’avais espoir de me faire la vie facile, j’ai choisi un cours sur l’art grec antique. Old greek art que ça s’appelait, ou quelque chose comme. J’aimais ça moi les vieilles poteries, alors j’étais très motivée à en étudier quelques unes. Pour le fun.
Motitivée j’étais, oooh, voui, mais ça n’a pas duré longtemps. Oh que non. D’abord je suis tombée sur une profeseure vraiment endormante, puis le contenu du cours était, comme qui dirait, poche. Après quelques semaines j’étais écoeurée, tannée, je ne pouvais plus voir une poterie, même en peinture. Mon premier travail avait été un fiasco, tout comme mon examen de mi-session d’ailleurs. Trop tard pour lâcher mon cours, je décidai de ne plus m’y présenter et de le couler solide plutôt que timidement. L’idée me vint toutefois à l’esprit… d’en parler à ma mère.
Parenthèse: Mes parents ont tous deux fait leur carrière en enseignement. Ma mère a un certificat, deux BAC et une maîtrise dans le domaine, mon père, lui, a un BAC, deux maîtrises et une scolarité de doctorat. Ils ont tous deux étudié jusqu’à plus soif, enseigné beaucoup et occupé plusieurs autres postes et comités dans le domaine.
J’eus donc l’idée d’en parler à ma mère dis-je, un soir que j’étais dans son auto, je ne sais plus trop où on allait mais je me rappelle très bien de la conversation qu’on a eue.
En gros, je lui expliquais mon découragement, mon impuissance, mon manque d’intérêt et ma conviction de ne pas pouvoir rattraper mon retard, surtout qu’en fin de compte je découvrais que je détestais l’art grec antique et les osties (j’ai probablement pas dit ostie à ma mère par contre) de poteries antiques. Ce qu’elle me répondit m’a surpris:
- Tu sais, ça arrive à tout le monde de tomber sur un mauvais professeur, ou un bon prof, mais une matière difficile à assimiler. Le manque de motivation peut arriver à tout le monde… d’un autre côté, tu sais, souvent les gens ont tendance à prendre les choses trop au sérieux. Il faut regarder l’ensemble. Tu fais un BAC, t’es bonne dans ce que tu fais, en général t’as de bonnes notes. Il faut que tu regardes ça… et que tu évalues tes chances réelles de couler ce cours. Admettons… que tu déciderais de te présenter aux cours, de faire le minimum, de faire le nécessaire pour passer sans plus… crois-tu que tu en serais encore capable? Parce que pour le moment tu as des échecs, mais regarde la pondération, peut-être qu’il y a encore des chances que tu passes… vérifies dont, voir. Et regarde le temps qu’il te reste à mettre des efforts là-dedans, 1 mois? Tu sais, un mois, c’est bien petit dans une vie, mais si tu coules, tu devras reprendre un autre cours et ça va te demander 3 mois…
Faire le minimum? Je n’y avais jamais pensé… Elle avait été tellement convaincante, que j’ai décidé d’essayer. En bout de ligne je l’ai passé le cours, avec un D- je crois. Une de mes pires notes à vie… mais je l’ai passé et j’ai été fière de moi. Parce que quelques semaines auparavant j’étais persuadée que je coulerais le cours. Parce que ça m’avait donné une leçon de vie.
En janvier de cette année j’ai eu des travaux d’université à remettre. De gros travaux qui m’ont demandé beaucoup de travail. J’ai procrastiné, procrastiné… et procrastiné encore… parce que je trouvais extrêmement ardu de retourner sur les bancs d’école à 31 ans. Ma réalité actuelle n’a rien à voir avec le profil typique de l’étudiante de 21 ans que j’ai déjà été. Je travaille, j’ai une fille. Juste concilier ces deux choses là, c’est énorme… Procrastiner à 31 ans, ça ne veut plus dire que je regarde la télé 6 heures d’affilé, non, ça veut dire qu’au lieu de faire mes devoirs je fais la vaisselle, je fais le lavage, je joue avec ma fille, je lui donne de l’attention. Tout ceci avec l’énergie d’une madame de la trentaine, qui ne nous le cachons pas, est bien différente de la fougue d’une nymphette au début de la vingtaine.
En janvier donc, j’ai eu une période de découragement. “Je serai jamais capable de faire tout ça” que je me disais. “Et j’ai pas encore mes résultats pour mon premier travail… si j’étais complètement à côté de la track, han, si?”. J’étais à deux doigts de décider de tout lâcher, bien que mon domaine d’études me passionne, je me persuadais que la barre était trop haute. C’est là que j’ai eu la bonne idée de retourner voir si les résultats de mes premiers travaux étaient entrés: 97%… et 85%… et c’est là que j’ai repensé à ce que ma mère m’avait dit 10 ans auparavant. J’ai pris mon courage à deux mains et j’ai fait mes choses. Oh… je me suis appliquée, mais moins. J’ai mis l’accent sur une chose: terminer mes trois travaux (il y en avait 3!). Je n’ai pas fait le minimum, car mon projet pouvait m’aider dans mon travail et dans mes contrats futurs, j’ai fait ça consciencieusement sans essayer d’être la meilleure à tout prix. J’ai cliqué send en fermant les yeux et en croisant les doigts. “Faites que je sois pas trop en dehors de la track” que j’me suis dit à moi-même.
J’ai obtenu mes résultats tantôt. Moyenne au dessus de 90%. Je capote. Et là, je m’en vais boire un verre de rouge en mon honneur à en l’honneur de ma maman, en compagnie de mes voisins fabuleux. “Tchin”.