Solitude
14 April 2007 à 20:28Depuis quelques mois, j’apprends à vivre toute seule (c’est pas nouveau, j’vous l’ai déjà dis cent fois). Bon je sais bien que je ne suis pas tout à fait toute seule, Coquinette est beaucoup avec moi quand même alors forcément, je ne suis pas toutetoute seule. Et en plus ça me fait une dose énorme de câlins par jours. Sauf qu’en fait oui, je le suis, seule, parce que ma fille, c’est pas mon amie; c’est ma fille. Et elle est haute comme trois pommes. Alors on se doute bien que si j’angoisse, je l’épargne et je garde ça pour moi.
Jusque là, c’est correct, je m’y attendais quand même un peu que j’allais devoir apprendre à gérer mes angoisses toute seule une fois célibataire. Ce dont je ne me doutais pas, c’est que les joies aussi, j’allais avoir à les gérer toute seule. Les joies, les découvertes, le plaisir de donner, de partager, tout ça c’est maintenant toute seule que je le gère et là, ça commence à me troubler. Ça me trouble pas parce que j’en souffre (je suis quand même pas rendue à ce point là), mais plutôt parce que je suis super bien entourée et je la vis pareil la solitude. J’ai des bons amis, une bonne famille, un bon ex…et malgré tout je ne peux pas m’empêcher de me dire : imagine si moi, je ressens la solitude et je trouve ça lourd des fois…imagine à quel point ça doit être l’enfer pour les gens qui sont vraiment seuls. Parce que des tu-seul, pas d’amis, pas de famille, y’en a plein. Ce qui fait que depuis quelques temps, je pense aux personnes âgées, aux handicapés, aux niaiseux, aux simples d’esprit, aux personnes laides et je trouve que c’est bien triste ce qu’ils vivent.
Je ne parle pas d’ennui ici, c’est bien sûr que j’ai vécu l’ennui avant aujourd’hui et franchement, s’ennuyer, je trouve ça le fun. Regarder la pluie, lire un livre, tourner en rond dans la maison sans but précis. Tout ça c’est correct et ça nous arrive tous. La solitude, c’est pas ça, c’est plus insidieux. Ça se glisse dans ta vie et ça te fait réaliser que c’est chacun pour soi, que ce soir, ya personne qui va rentrer à la maison avec qui tu vas pouvoir jaser, que quand tu fais une bonne bouffe, que tu découvres un bon groupe, un bon film ou un bon resto, t’es habituellement seul et tu peux pas vraiment en parler à tes proches après, parce que le ¾ du temps ils ne sauront pas de quoi tu parles et ils vont s’en crisser de ta découverte fabuleuse.
J’imagine qu’avec le temps on s’habitue et qu’on se fait une raison et qu’on arrive à se faire une petite routine qui permet de ne pas trop y penser mais je ne peux pas m’enlever de la tête que c’est super triste pareil. Parce que j’ai vécu à fond la situation inverse et que je sais à quel point c’est le fun d’avoir des projets à deux, de rêver à deux, d’épauler et d’être épaulé, de se savoir tellement aimé qu’on se sent invincible et qu’on a l’impression d’avoir des ailes. Je sais comment c’est et je commence à réaliser que bonté divine; j’étais riche. 9 ans (oublions la dernière année qui fut plus lourde qu’autre chose), 9 ans de ceci dans une vie c’est déjà énorme et complètement inaccessible pour une grande partie de la population. Et donc, ça me fait de la peine de savoir qu’il y a tous ces gens seuls partout, qui ne reçoivent jamais de compliment, à qui personne dis « t’es bon pis t’es beau pis j’aime ça être avec toi. »
J’en parlais à ma belle-mère jeudi dernier. Belle-maman elle sait ce que je vis parce qu’elle le vit elle aussi et elle me disait :
Imagines, par exemple, le souper de noël. Ben moi, quand je vous reçois, je planifie mon menu toute seule, je vais acheter la bouffe toute seule, je décore toute seule, je vous reçois et je dois faire l’entertainment toute seule et puis quand vous partez, quand vous partez, ben je suis encore toute seule, je m’assois dans mon sofa et ya personne pour me dire un p’tit :
- Ouais, ben j’pense qu’on a bien fait ça c’t'année.
Le plus troublant là dedans c’est que même si les gens te disent « t’es bon, t’es beau pis t’es capable », ça fera jamais le même effet que quand c’est dit par ton amoureux/amoureuse. On entend les mots, mais ça n’a pas de poids. C’est juste pas pareil qu’un « t’es bon » accompagné d’une paire d’yeux qui clignent d’amour et brûlent de désir.
15 April 2007 à 07:29
ça me bouleverse ce que tu dis. Je vis à peu prêt la même situation que toi : seul mais sans vraiment l’être. J’ai aussi connu la vie à deux, le fait de se sentir invincible….et moi aussi je pense parfois aux gens qui sont vraiment seuls…le pire c’est quand ils sont malades : seul dans la sale d’attente avant les examens, seul pour attendre les résultats, seul pour écouter le médecin vous annoncer une mauvaise nouvelle, seul chez soi ensuite à s’inquiéter. ça me rappelle une petite phrase que j’ai lu je ne sais où : la solitude, ce n’est pas le fait d’être seul, c’est quand personne ne pense à vous.
15 April 2007 à 09:42
Je trouve la pensée de Pascal résume bien l’horreur de la solitude totale… je pense à ces personnes qui meurent et qui ne sont découvertes que longtemps après leur mort… vraiment triste.
Et pour la complicité amoureuse, je suis d’accord, rien ne vaut les bras d’un homme pour te prendre quand tu es triste et leurs éclats de rire lorsque tu es drôle et leurs yeux amoureux quand ils te disent que tu es belle… et leur parfum quand ils viennent te rejoindre dans le lit, la chaleur de leur main sur votre corps et leurs lèvres tendres sur votre bouche, et… et… euh… ouin, je suis bien seule en ce moment, mais des fois, je me mettrais bien dans la peau d’une femme aimée et amoureuse.
15 April 2007 à 15:01
Moi aussi ça me touche beaucoup ce post.Bravo et merci
*
Je n’ai jamais habité avec un amoureux, mais j’imagine que ça doit être extraordinaire et j’ai bien hâte de le vivre.
En attendant, je comprends à 100% ce que tu dis quand tu parles que la solitude c’est insidieux…Je sais c’est quoi se réveiller un dimanche et se dire ” Hey tiens! Je n’ai pas eu de contact humain outre que par internet depuis 24h! (le monde du dépanneur ne compte pas dans la catégorie “contact humain”)”
Comme toi, je suis bien entourée de gens extraordinaires mais bordel que je me sens seule “en-dedans”, parfois. Et comme toi, ça me touche/peine énormément de penser aux gens véritablement seuls: les ainés, les itinérants, même certains ados/enfants qui sont malheureux dans leurs familles…
Je trouve que c’est un véritable drame qu’on laisse nos ainés croupir dans des centres pour vieux au lieu de les garder avec nous à la maison comme à peu près 70% des cultures font ailleurs sur la planète. (Hehe! J’espère que j’aurai la même pensée quand ça sera le temps de prendre soin de MES vieux)
Bref je suis très touchée! Tu as réussi à très bien mettre en mots un feeling que j’ai quasi hebdomadairement (quoi que ces temps ci j’ai même pas le temps de me sentir seule).
Mais du haut de mon expérience de “j’ai habité plus de 3 ans toute seule”, je peux toutefois dire qu’il y a une chose de très positive dans la solitude: après un certain temps (qui varie selon la personne j’imagine), on ne craint plus autant la solitude! En plus de se faire dire des “Ah ouin té bin courageuse d’habiter seule moi je serais pas capable” par plein de monde et ainsi d’avoir l’air d’une super femme, on en vient à apprécier les moments de quiétude solitaire après, mettons, un week-end entre amis, etc.
Aussi, je ne sais pas si c’est à cause de ma jeune 20taine, mais j’en ai tellement appris + sur moi en habitant seule… J’ai découverte une sorte de courage/sérénité dont je ne me croyais pas capable.*mes hormones sont à spin et j’ai TRÈS hâte de cesser mon célibat, mais faut trouver du positif à toute chose, qui disent
J’espère, si ce n’est pas déjà fait, que tu feras la même découverte
(excuse-moi pour le fleuve, mais j’en avais tellement long à dire…je suis envahissante comme un vieux pissenlit hehe)
16 April 2007 à 21:46
Ils sont beaux vos commentaires =c)
Mlle, Escobar, j’aime ça les commentaires, les longs, les courts, j’les aimes tous, alors faut pas te gêner si l’envie d’écrire un roman te prends.
Pour ce qui est d’en apprendre sur soi, c’est en plein ce que je vis. Je découvre plein de choses me concernant et franchememt, ça me fait pas mal de bien. Je vois en plein de quoi tu parles quand tu parles de courage/sérénité. Je t’avoue que ça m’impressionne pas mal.
Pour ce qui est des hormones à spin…là, j’avoue, ya des choses que je ne comprends pas : les miennes sont déjà à spin… exposant 10. Et je me dis : mais bonyeu de bonyeu, y’a vraiment du monde qui b****** genre 10 fois dans l’année pis y arrivent à être bien ? Oh my goooood, j’suis mieux de me mettre à la méditation ! Parce que là…j’suis à veille de trouver que l’emballeur-boutoneux du IGA est attirant.