Je crois m'être fait draguer tantôt.
Je suis fatiguée ces temps-ci. Fatiguée et triste. Bref ça ne va pas fort fort. Me sens moche. N'ai pas d'énergie. Ai clairement besoin de vacances.
Me suis jamais comparée aux autres. Jamais. Je savais que c'était inutile, j'étais bien et heureuse: issue de la petite bourgeoisie, collège privé, bonnes notes au bac, diplôme d'études supérieures, rencontré l'homme de ma vie à 18 ans, avons acheté une belle maison j'avais pas encore soufflé mes 25 bougies. J'ai eu ma fille à 27 ans et 11 jours (j'aurais préféré 26 -1 jour mais bon, c'est le genre d'échec qui se tolère).
1 chien qu'on adorait, 2 chats supers mignons. Petite entreprise pour laquelle nous ne comptions pas nos heures. Des amis et des clients qui nous aimaient aux 4 coins du monde. Tout plein de films à écouter à la maison. Petit terrain à la campagne pour se construire un chalet un jour. Pis on était cutes ensemble. On était beaux. Y'avait des belles photos de nous autres sur les murs du salon: p'tit couple sur le Mont Washington, p'tit couple cute en Espagne, p'tit couple cute au Pérou, p'tit couple cute aux Îles-de-la-Madeleine, dans mon porte-monnaie ; p'tit couple cute dans la cabine de photo du métro Berri...me suis jamais comparée parce que....ben parce que j'avais une vie de rêve. Je ne me posais pas de questions parce que mon monde il était parfait.
On s'est plantés. Solide.
J'étais contente de me séparer parce que c'était rendu invivable chez nous. Je vous dis pas les détails mais bon, c'était moche moche moche. On s'aimait plus. Point. Est-ce qu'on aurait pu essayer de faire marcher notre affaire, de faire des efforts ? Probablement...mais on est 2 têtes dures.
Depuis la séparation je suis bien avec mon célibat. Suis heureuse je dirais. Je fais mes petites affaires, je dérange personne. Je demande peu d'aide mais j'accepte volontier celle qu'on m'offre. Suis bien je pense. N'ai pas plus que ça envie de rencontrer HdMV. Bah siiiii, c'est évident que le soir quand je me couche, j'ai très envie qu'un garçon me serre dans ses bras. Pis j'ai envie de faire l'amour. Pis j'ai envie de faire plein de bons petits plats et de sortir au restaurant en amoureux. Et aussi d'écouter des films sous les couvertures touts collés avec un gros bol de pop-corn et finalement de ne pas finir le film parce qu'avant la fin de la première scène on a envie de faire l'amour pour la 3e fois de la soirée...comme tout le monde je suppose... Mais en fait je ne cherche pas activement. Parce que je suis fatiguée. Et aussi parce que je ne pense pas être prête. Pas là. Pas tout de suite. J'ai encore des larmes à verser. Des grosses. Et je veux prendre le temps de me refaire des rêves biens à moi. Et je veux prendre le temps que j'ai de libre pour lire et me cultiver un peu. Je veux être intéressante et avoir un éventail de sujets de conversations qui va au-delà de : ma fille, mon ex, ma peine. Et là...même si j'écoute beaucoup de musique, même si je lis, même si je lis le journal, même si j'écoute des films, et que j'ai plein d'histoires de bureau à raconter...je me rends compte que je parle tout le temps de ma peine, d'Ex et de Coquinette. En ce moment, je suis une picouille. Je dois faire des efforts mentaux énormes pour écouter mes amis parler parce que j'ai juste envie de parler de mouaaaaaaaa. Me sens comme si c'était pas honnête de draguer un garçon parce que j'ai pas les reins assez solides; parce que j'ai des vices cachés. Je les montre à presque personne mes vices cachés, sauf à vous lecteurs des fois...je trouverais pas ça honnête d'avoir le coeur en mille miettes et de, par dépendance affective, essayer à tout prix de me trouver un compagnon. Je regarde autour de moi et je réalise que je suis un peu toute seule dans mon bateau...est-ce que j'ai trop d'éthique ?!?
Les filles qui étaient enceintes en même temps que moi, et après moi, elles se lancent toutes pour un deuxième. Ma belle-soeur a eu son 2e cet hiver, mon frère va avoir son premier cet hiver, plusieurs bonnes copines ont accouché cet été. Moi, je suis heureuse de voir mes copines. Et je suis heureuse de les voir heureuses. Et de voir que leurs affaires vont bien. Et elles aussi, elles ont des photos de p'tit couple cute en voyage sur les murs du salon. Je suis heureuse pour elles et je me dis que le degré de bonheur des autres ne devrait pas influencer le mien. C'est con de se comparer. Pis c'est lâche de penser que si les gens qui t'entourent se plantent ça te donne plus de valeur à toi qui te plante pas.
Je me dis tout ceci. Et j'y crois.
...Mais des fois, quand ma fille est couchée et que je pense aux 18 derniers mois de ma vie...et que je fais le bilan : 29 ans, pas encore de ride mais des fois des boutons (on s'en sauve pas, à notre âge c'est un ou l'autre semble t-il), cours comme une folle et donc maigrit encore...et encore...et flotte dans mes pantalons...29 ans. Monoparentale. Pas pris de vacances depuis mai 2006. Moment où, sur le bord de la Méditérranée, on s'est séparée (voui, les photos sont belles, mais tu le vois mon sourire fake devant les paysages). 29 ans. Célibataire. Probablement que mes rêves de famille avec 2-3 enfants sont tombés à l'eau. Pus de maison, un petit 4 1/2 à la place. Une job le fun mais qui paye pas bien. Le soir, je m'endors toute seule. Les films je les écoute toute seule. La musique, quand je veux en parler avec du monde, faut que je leur donne une clé usb pleine de tounes pour qu'ils sachent de quoi je parle. Alors des fois...le soir...quand la journée se termine et que je me retrouve seule avec moi-même...je suis heureuse d'avoir des bonnes voisines...parce que j'ai besoin d'être ramassée à la petite cuillère.
Je veux pas me comparer. Mais j'ai pas besoin de le faire en fait : c'est déjà tout calculé dans ma tête : tu t'es plantée chouette et t'es pas près de te relever. T'as obtenu le rôle de la p'tite cute avant tout le monde autour de toi, là tu viens d'hériter de celui de celle qui se plante et qui fait que le monde autour se sent dont chanceux et fiers d'être ce qu'ils sont. Retour du balancier. Personne ne se réjouit de te voir triste... C'est juste que quand ils ont une dure journée, ils peuvent se dire : au moins j'suis pas tout seul, moi j'ai quelqu'un pour me réchauffer les pieds ce soir, ya quelqu'un qui va me faire l'amour tantôt.
Je crois m'être fait draguer tantôt. Il le sait pas...mais juste ça...juste de penser durant 2 minutes que heille, je suis peut-être encore un peu cute en fin de compte. Et peut-être que je suis pas tant une picouille que ça. Et peut-être que je suis intéressante ? Et tiens...peut-être que ça existe un coeur brisé qui se recolle?
Juste ça, le 2 minutes de rêve et de squicks squicks dans le ventre...ben ça m'a vraiment fait du bien.
Ceci dit je ne le relancerai pas...c'était un quarantenaire.