Elimination communication ou la communication des besoins
Je fonce ou non ? Je suis consciente que le texte qui suit peut choquer certains. Et je suis consciente que le billet qui suit est looong. Avec une petite gêne je me lance, parce qu’on en parle de plus en plus dans les médias mais encore très peu. Parce qu’il existe plusieurs ressources sur le sujet en anglais mais peu en français. Mon billet n’est pas un mode d’emploi alors de grâce si vous trouvez que c’est tentant allez vous chercher des sources d’information complémentaires. Je tiens à préciser qu’à ce jour il n’y a pas d’études scientifiques sur le sujet. Certaines sont en cours mais on attend toujours les résultats. Je tiens aussi à préciser que j’ai lu Spock, Freud et Brazelton*, je connais leur point de vue sur le sujet…et à la lumière de mon expérience, je ne le partage qu’à moitié ;-) D’ailleurs Brazelton aurait déclaré l’an dernier « I’m all for it »…tant que les mamans qui embarquent dans le bateau ne se mettent pas de pression et surtout n’en mettent pas à leurs petits. De quoi je parle au fait ? D’elimination communication, d’hygiène naturelle infantile, de communication des besoins; 3 synonymes.
Enceinte, je me promenais beaucoup sur le net et je lisais tout ce qui me tombait sous la main. C’est comme ça que j’en au entendu parler pour la première fois. J’ai tout de suite été intriguée quoiqu’à l’époque j’aie décidé de ne pas pousser mes recherches plus loin. Pourquoi ? Honnêtement je ne m’en rappelle plus. Par contre, l’idée que les bébés puissent contrôler leurs sphincters dès la naissance est restée en quelque part dans un petit coin de mon cerveau. À la naissance de coquinette, je me rappelle l’avoir beaucoup observée. J’en ai finalement conclu que les mamans qui étaient capables de reconnaître les signes d’un bébé naissant qui a envie de pipi étaient soit, des saintes soit des devines. Honnêtement, on en a déjà beaucoup sur les bras : le cocon familial passe de deux à trois personnes, il faut reprendre des forces, se remettre de notre accouchement, apprivoiser ce nouvel être, apprendre à allaiter (parce que non, ça ne vient pas tout seul par instinct, on a souvent besoin d’aide et de coatching). Dooonc, essayer de deviner quand coquinette avait envie de pipi me semblait complètement saugrenu. Ce n’est que plusieurs mois plus tard qu’une amie a piqué ma curiosité alors qu’elle me visitait avec sa fille. Nous marchions avec nos deux poussettes, sa fille commence à hurler et ma copine de répondre :
- Oh, elle a envie de pipi, elle fait toujours ça quand elle a envie, elle pleure jusqu’à ce qu’elle ait mouillé sa couche .
- Pardon ? Cette maman mythique existe donc ??? Tu as entendu parler d’hygiène infantile naturelle ?
- Euh, non. c’est quoi ?
- Tu sais, les mamans qui communiquent avec leur bébé et qui savent quand il a envie et qui offrent le petit pot ou le lavabo ou le buisson ?
- Non, jamais entendu parler
Ça alors, c’est pire que j’me suis dis ! Certaines mamans SAVENT d’instinct différencier un pleur d’envie d’un pleur de faim. Ce fût une révélation, peut-être qu’en fin de compte le site sur lequel j’étais tombée par hasard méritait que je le revisite? Après m’être bien informée c’est finalement alors que ma fille avait 6 mois que j’ai commencé à introduire la communication des besoins dans notre routine. Beginner’s luck comme on dit, la toute première fois que nous avons essayé ça a marché !
En quoi ça consiste ?
Proposer à bébé de se soulager ailleurs que dans sa couche.
En pratique ça ressemble à quoi ?
Les bébés, dès la naissance ont conscience de ce que leur corps élimine. En se donnant le temps d’observer les signes que nos enfant font quand ils urinent ou défèquent, on arrive à prévoir quand ils ont envie. À partir de ce moment, c’est un jeu d’enfant de leur proposer de se soulager dans un contenant prévu à cet effet. Où? Partout où ça nous chante. Plusieurs utilisent le lavabo, certains le bain ou la douche, d’autres le bol de toilette familial, le petit pot ou un pot dédié à cet effet. L’été les pipis en pleine nature simplifient la vie de tout le monde, pas besoin de courir, on baisse le pantalon et hop. Comment ? Plusieurs mamans émettent un petit bruit pour stimuler leurs enfants. Personnellement, je dis : «pipi pipi, spssssss ». Aussi nono que ça puise paraître, la première fois où j’ai pris ma fille et que je l’ai mise au dessus d’un lavabo en disant ceci, elle m’a fait un gros pipi moins de 10 secondes plus tard. Nos enfant comprennent vraiment plus que ce qu’on veut bien croire… Plusieurs mamans décident de ne pas mettre de couche du tout à leur enfant. Moi étant donné que j’ai commencé sur le tard (6½ mois) et que je ne trippe pas trop sur le ramassage, j’ai décidé de laisser ses couches à ma fille. Quand je voulais observer ses rythmes, je lui laissais seulement la couche (lavable), sans sur-couche, on le voit tout de suite quand c’est mouillé. Quelques fois aussi je la laisse carrément les fesses à l’air mais je réserve ces moments pour les moments où je fais de « l’écoute active ». En vieillissant, les bébés réalisent que leurs parents réagissent davantage à certains signes et vont donc, par renforcement, utiliser davantage ces signes. Ma fille par exemple en a développé de très clairs, à 8 mois elle tapait carrément sur sa couche dès qu’elle avait envie. Avec un signe pareil, il n’y a alors aucune équivoque : bébé a envie. Certains autres enfants vont émettre un pleur différent, faire de petits sons, bouger ou s’agiter différemment.
Qu’en est-il des histoires d’horreur qu’on entend sur la propreté en bas âge ?
On ne parle pas du tout de la même chose. La mauvaise presse sur la propreté en bas âge concernait les techniques utilisées dans les années 30, 40 et 50. À cette époque, pour apprendre aux bébés à être propre, les mamans suivaient une technique très coercitive. Les bébés étaient entre autre, chicanés, attachée à leur petit pot à des heures fixes et on allait jusqu’à leur insérer des morceaux de savon dans le rectum pour stimuler la défécation. Ne soyons donc pas étonnés si ces pauvres choux ont eu une relation à leurs besoins naturels complètement distordue tout au cours de leur vie. La révolution du « pas de pot avant 18-24 mois » qui a eu lieu au début des années 60 a eu du bon à plusieurs points de vue mais en bout de ligne une fois qu’on découvre la communication des besoins on se demande rapidement si on n’a pas jeté le bébé avec l’eau du bain. C’est clair que l’utilisation de méthodes coercitives sera toujours néfaste personne ne remettra cela en doute, du moins je l’espère ! Par contre oui les bébés savent reconnaître un envie d’uriner et ils savent même se retenir quelques minutes le temps qu’on : trouve le pot, baisse les pantalons, enlève la couche assoie sur le pot, de quoi surprendre, surtout qu’on vit présentement dans une aire de pull-ups jusqu’à 3 ans
Est-ce une technique pour apprendre la propreté en bas âge ?
Oui et non. En principe les enfants de la communication des besoin sont propres autour de 18 mois, c’est du moins ce qu’on lit dans les livres. En pratique ça peut prendre beaucoup plus de temps que ça. Tout dépend de l’enfant et de son désir d’autonomie. L’entrée en garderie vient aussi changer la donne, certains arrivent à pratiquer à temps partiel alors que d’autres non. Vers 18 mois les bambins traversent aussi une période de négativisme, s’ils répondent « non » à tout, il serait un brin utopique d’espérer qu’ils vont dire « oui » au pot ;-)
On peut croire que c’est une technique d’apprentissage de la propreté mais en réalité c’est beaucoup plus. Il ne s’agit pas de mettre un enfant propre, il s’agit de communiquer avec lui au sujet de ses besoins. Alors que l’apprentissage de la propreté d’un enfant plus vieux se fait avec beaucoup d’intellectualisation (ce n’est pas pour rien qu’on attend qu’il soit capable de dire muscles des sphincters avant de lui proposer le petit pot) aux touts-petits on se limite à passer le message suivant : quand tu as envie, maman sait détecter tes messages et te proposera un endroit pour te soulager. Par renforcement, bébé apprend peu à peu à se retenir un peu, puis à contrôler ses muscles. Personne n’aime se promener dans des vêtements souillés, nos bébés non plus. En omettant de changer leur couche à chaque pipi on leur envoie le message que leurs muscles ne sont pas là pour être utilisés. Les enfants qui ne pratiquent pas la communication des besoins n’auront donc pas ou peu à solliciter ces muscles avant l’âge de la propreté. Pensez seulement à l’état de nos propres muscles du périnée après la naissance d’un enfant et imaginez vous à quel point ceux de nos petits doivent nécessiter du travail pour apprendre 2 ans après la naissance qu’il doivent les faire travailler… pas étonnant que 10 à 12% des petits souffrent d’énurésie nocturne après l’âge de 5 ans.
À qui ça s’adresse ?
Aux bébés de 0 à 6 mois et aux mamans motivées désirant s’initier à une nouvelle sphère de communication avec leur enfant. Certaines mamans décident de se lancer dans l’aventure alors que leur bébé est plus vieux que 6 mois mais c’est plus rare et plus difficile. Par contre toute la philosophie autour de la communication des besoin est très intéressante et le livre d’Ingrid Bauer est plein de bon sens. Je crois honnêtement que si vous avez raté le bateau il y a plusieurs sources d’inspiration dans ce livre pour le maternage en général et l’apprentissage du petit pot en particulier peu importe l’âge de votre enfant.
Si vous êtes du type impatiente...
Oubliez cette méthode et attendez l’âge de la propreté recommandée par les pédiatres. La communication des besoins doit se faire en tout temps dans une atmosphère de gaieté. L’enfant ne doit jamais être grondé et le parent peut traverser une multitude phases, certaines sont fort joyeuses d’autres un peu plus angoissantes. Le fait qu’il s’agisse d’une pratique alternative ajoute aussi un frein aux parents: les ressources sont peu nombreuses et la volonté des parents peut facilement être ébranlée. À titre d’exemple, j’ai commencé la communication des besoins avec ma fille il y a maintenant un an. Non, elle n’est pas propre et non, ce n’est pas pour bientôt. C’est très important de ne pas être esclave de performance, de toute façon si vous l’êtes vous allez taper sur les nerfs de votre bébé et il y a fort à parier qu’il n’entrera pas dans le jeu avec vous. Il y a aussi certains enfants qui apprécient durant quelques mois et puis tout d’un coup hop, ils passent à autre chose, finalement la couche leur plait et ils ne veulent plus rien savoir de votre petit pot.
Je suis convaincu et je voudrais essayer la communication des besoins avec mon enfant
Je n’ai qu’un seul conseil à vous donner : procurez-vous le livre Diaper Free d’Ingrid Bauer. C’est une pionnière dans le domaine et son livre est beaucoup plus complet que ce petit texte. Si vous ne lisez pas l’anglais, vous n’avez pas d’excuse, le livre paraîtra en français en mars 2006. En se lançant dans cette aventure sans les bons outils vous risquez davantage de vous décourager qu’autre chose. À mon avis vaut mieux lire le livre à tête reposée tout en observant les rythmes d’élimination de son enfant que de se lancer dans l’aventure les yeux fermés.
Liens en français :
http://s-mz.ovh.org/amp/jhin.php
http://www.banlieusardises.com/maternite/archives/001281.html
Liens en anglais :
http://diaperfreebaby.org/
http://www.natural-wisdom.com/ Vous pouvez commander le livre d’Ingrid Bauer ici.
http://groups.yahoo.com/group/DFBofMontreal/ Le groupe de discussion pour les parents de Montréal
* Dr Brazelton : Célèbre pédiatre ayant publié dans les années 60 une étude ayant chamboulé avec celle de Dr Spock, les techniques d’apprentissage du petit pot. Il fait partie du comité de pédiatres pampers depuis plusieurs années.
Commentaires
J'ai une admiration pour celles qui osent le faire. Personnellement, je peux dire reconnaitre le temps des besoins de ma dernière, par contre, je n'ai jamais mis en pratique cette technique, pour diverses raisons, mais entre autres que c'est la 4eme en bas âge chez moi. Peut-être que j'oserai plus avec la prochaine. Je te trouve très bonne de le faire et d'oser en parler.
Posted by: JulieJulie | novembre 29, 2006 09:52 PM
En fait il faut prendre ça comme un jeu, la minute que ça ne nous amuse pas ou que ça n'amuse pas notre enfant mieux vaut rester avec la méthode traditionnelle. Je prône le "pas de pression". ça fait des maisonnées tellement plus zen ;)
Posted by: Péccadilles | novembre 30, 2006 11:27 AM
Je crois que la version française du livre d’Ingrid Bauer s'intitule "Sans couches, c'est la liberté!" (http://www.editions-instant-present.com/PBCatalog.asp?ActionID=67240448&PBMItemID=994843)
Il ne semble pour l'instant disponible qu'en France. C'est un sujet très intéressant, merci de nous en avoir fait part!
Posted by: Véro | décembre 3, 2006 02:43 PM
Oh super, je savais qu'il était sorti en français mais je ne le trouvais pas sur le site de natural wisdom. Il est aussi diponible sur amazon.fr. Ils livrent au Québec mais ça revient à 32 euros et quelques, 3-4 semaines d'attente et c'est très possible de se faire prendre aux douanes et de payer du dédouanement (6%)+tps+tvq :
http://www.amazon.fr/couches-libert%C3%A9-red%C3%A9couverte-lHygi%C3%A8ne-Naturelle/dp/2916032029/sr=11-. Avec ton lien ça revient à 30.50 euros et c'est sûrement envoyé tout de suite. Même histoire pour le dédouanement par contre. Vraiment, si vous lisez bien l'anglais je recommande de le commander sur natural wisdom.
Posted by: Péccadilles | décembre 3, 2006 03:22 PM
Je suis bien contente de voir ton message. La communication des besoins, ce n'est pas toujours facile. Il y a des jours où ma fille (13 mois) passe sa journée sur le pot par "peur" de manquer son pipi et d'autres où elle ne demande pas le pot et elle ne fait rien, sauf dans sa couche... Par contre, les fois où elle fait dans le pot, elle est tellement contente d'elle! Elle s'applaudit et se dit bravo :) Quand on n'est pas chez nous non plus, ce n'est pas simple. Je me dis tout le temps qu'il faudrait que je traîne l'anneau pour mettre sur la toilette... et j'oublie tout le temps... Au fait, félicitations pour ton nouveau travail!
Posted by: Elise | décembre 7, 2006 10:15 AM